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L'Œil de Jérémy

Un œil sur la vie culturelle, l'autre sur les médias. Toujours critique, pas toujours objectif, mais jamais perfide (enfin pas trop).


Monsieur et Madame Adelman : Nicolas Bedos signe un premier film audacieux et réussi

Publié par Jérémy Mercier sur 23 Février 2017, 16:03pm

Catégories : #Cinéma

Quarante-cinq ans de vie, c’est une aventure. Mais la vie de Victor et Sarah tient plus de l’odyssée, tant elle est particulière. Deux êtres, passionnés des mots, vivant passionnément leur histoire et leur vie. Deux êtres et leur vie, hors norme et universelle à la fois, à leur image. Mais quand l’un d’eux disparaît, que reste t il de l’autre ? Que reste t il de leur couple ?

C’est sur le décès de Victor que s’ouvre le film, après une carrière glorieuse d’écrivain. Un biographe vient assister aux funérailles et présente son projet : pour mieux comprendre Monsieur Adelman, il veut comprendre qui était et qui est Madame Adelman. Leurs amours, leurs passions, leurs déchirures, le bon comme le pire, le jeune biographe va découvrir une vie qu’il savait hors norme, mais pas à quel point.

Monsieur et Madame Adelman marque le passage de Nicolas Bedos à la réalisation. À l’origine de ce projet, on trouve les diverses improvisations télévisuelles que lui et sa comparse Doria Tillier ont échafaudé ces dernières années. Ils ont fini par se retrouver il y a deux ans pour une soirée d’écriture un peu arrosée, qui, d’après leurs déclarations, a donné lieu à 80% de la matière du film. Pour celui ci, Doria Tillier a eu à la fois la place de deuxième tête pensante, mais aussi d’actrice principale. Elle a su à la fois co-écrire le scénario et incarner son personnage avec brio, en dosant entre les instructions du réalisateur et ses propres opinions. Mais s’il y en a un qui n’a pas fait les choses à moitié sur ce film, c’est bel et bien Nicolas Bedos. Réalisateur, co-scénariste, compositeur avec Philippe Kelly et acteur principal, rien que ça. Avoir été plus que le simple architecte de son premier film lui a permis de l’emmener, et de nous emmener, exactement où il le voulait.

Fort d’une réalisation efficace, soignée et maitrisée, Monsieur et Madame Adelman est un excellent premier film. En passant derrière la caméra, Nicolas Bedos nous montre que malgré les contraintes d’un tournage court et intense, il a su offrir de très beaux moments de cinéma, avec une caméra qui s’adapte parfaitement à chaque plan, chaque scène, ne se contentant pas de nous délivrer de belles images : les mouvements de caméra, les plans, la réalisation dans son ensemble n’est pas qu’un simple vecteur visuel, elle prend position et exprime souvent plus que le scénario et les dialogues. Cependant, puisqu’on les évoque, ces deux derniers, malgré la qualité intrinsèque de la réalisation, ne se complaisent pas dans des seconds rôles. L’histoire est définitivement écrite avec une intelligence et une cohérence, et permet à chaque partie du film, divisé en chapitres, d’avoir un sens à soi, sans être seulement le faire-valoir de rares moments d’apothéoses. Le tout servi bien sûr par des dialogues ciselés, profonds et mordants, parfois même incisifs et cruels, mais on ne pouvait pas en attendre moins de Doria Tillier et Nicolas Bedos.

Si les aspects techniques du film sont tous bluffants, le jeu des acteurs en général, mais plus particulièrement celui des deux têtes d’affiche, est clairement la partie la plus frappante de ce long métrage. Jouer quarante-cinq ans de la vie d’un personnage, ça impose forcément de passer par des époques, des âges différents, par des périodes de vie qui donnent presque l’impression d’avoir des personnages distincts au sein du même personnage. Victor comme Sarah, sont malgré tout différents à 30, 50 et 70 ans. Les reconstitutions d’époques sont fidèles jusqu’au moindre petit accessoire, au moindre détail, et sont extrêmement immersives. Les vieillissements sont aussi exécutés avec soin, nécessitants pas moins de sept heures de travail pour transformer Doria Tillier en septuagénaire. Et le résultant est stupéfiant, à la hauteur d’une actrice dont le talent n’a pas fini de nous étonner. Nicolas Bedos, lui, avait déjà prouvé son talent d’écriture et de jeu à de nombreuses reprises, et force est de constater que son patronyme n’est en rien la seule raison de son succès. Il a suffisamment de cordes à son arc pour faire mouche, et avec ce film, il fait un plein centre.

Victor et Sarah sauront vous entrainer dans le tourbillon de leur vie tumultueuse. Mais à 50 ou 70 ans, sont-ils vraiment différents de ceux qu’ils étaient étant jeunes, ou bien sont-ils simplement différents ce qu’on pensait et attendait d’eux ?

Le 8 mars prochain, n’hésitez pas à aller découvrir en salles Monsieur et Madame Adelman, un très beau moment de cinéma, servi par un excellent casting. On lui souhaite un succès à la hauteur de ce qu’il mérite.

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