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L'Œil de Jérémy

Un œil sur la vie culturelle, l'autre sur les médias. Toujours critique, pas toujours objectif, mais jamais perfide (enfin pas trop).


Grave : La coqueluche des festivals s’annonce comme l’une des claques de 2017

Publié par Jérémy Mercier sur 16 Mars 2017, 16:38pm

Catégories : #Cinéma

Comment passer à côté de l’un des films les plus attendus de 2017, qui avait fait forte impression à sa projection le 13 septembre lors du dernier Festival du Film International de Toronto, et qui d’une manière générale est l’une des coqueluches des festivals depuis près d’un an. On parle d’un film adoubé par les maitres du genre, David Cronenberg, Dario Argento ou encore M. Night Shyamalan. Ce film, c’est Grave, réalisé par la talentueuse Julia Ducournau.

Grave raconte l’histoire de Justine, une jeune fille surdouée issue d’une famille de végétariens qui intègre la fac de vétérinaires où étudie déjà sa sœur, et dans laquelle ont déjà étudié ses parents. À l’issue du traditionnel bizutage de début d’année, Justine est obligée d’ingurgiter un morceau de rein de lapin cru. Ce premier contact avec la viande animale ne sera que le premier pas d’une transformation radicale pour elle, vers un stade dont elle ignorait l’existence : sa nature, sa vraie nature, profonde et enfouie.

Dire que nous avons aimé Grave serait réducteur : nous avons adoré ce film lorsque nous l’avons découvert au FIFIB en octobre dernier, comme la grande majorité des journalistes et spectateurs présents lors de la projection. Ce n’est pas seulement notre coup de cœur du FIFIB 2016, c’est aussi l’un de nos coups de cœur de ces derniers mois. Une claque monumentale, un film maitrisé de bout en bout, rien de moins. Alors que depuis le début des années 2000, les films d’horreur, à suspens, versent quasi-systématiquement dans le sanglant gratuit, dans le gore, sans le moindre intérêt, sinon celui d’en faire toujours plus que le voisin en oubliant de réfléchir à l’intérêt cinématographique et à la cohérence du propos. Des erreurs que Julia Ducournau ne commet pas, elle sait installer l’empathie avec son personnage, surtout via le prisme du bizutage, ce qui nous permet ensuite d’être tolérant avec elle, voire presque complice. Les scènes « chocs » sont savamment distillées, et nous permettent non seulement d’éviter l’overdose, mais aussi d’y être très réceptifs. Certaines scènes, qui ne sont pas les plus « choquantes », nous font pourtant beaucoup réagir, car elles sont moins lointaines pour nous, et nous provoquent des sensations … épidermiques (ce mot fera sens après le visionnage, vous verrez tout de suite ce à quoi il fait allusion).

La réalisatrice a su proposer un long métrage qui est maitrisé sur tous les plans techniquement. Le scénario est diablement efficace, variant les émotions et les effets sur l’audience, la faisant cheminer dans tous les sens et l’emmenant jusqu’à la fin sans lui laisser le moindre répit. Les lumières sont assez froides, ce qui est cohérent dans un tel film, et installent une ambiance presque fantastique, comme dans une version extrêmement sombre, crue et brutale d’une nouvelle de Maupassant, version XXIe siècle. Une tension quasi permanente règne, et certains moments installent savamment un malaise intense, une sensation gênante mais jouissive à la fois. Les dialogues sont incisifs et mordants, ici aucune volonté stylistique d’envolées lyriques, mais un réalisme froid, efficace et cru d’authenticité. Mais ce qu’on peut encore plus saluer, c’est le casting. Garance Marillier, qui joue le personnage principal, Justine, est à coup sûr l’une des révélations de cette année, même si elle n’en est pas à son coup d’essai. L’interprétation qu’elle livre dans Grave est tout simplement bluffante. Elle se donne corps et âme pour son rôle, et créé dès le début du film, en plus du scénario prévu à cet effet, une connexion et une empathie avec le personnage déterminante pour la suite. Le reste du casting est à la hauteur, avec des seconds rôles tout aussi talentueux, notamment Ella Rumpf qui interprète la sœur de Justine Alexia et Rabah Nait Oufella qui joue Adrien, l’ami de Justine. Mais une fois le film terminé, on restera toujours scotchés par la performance de Garance Marillier qu’on espère vite revoir dans d’autres projets.

Vous l’aurez compris, si dès le FIFIB nous vous avions parlé de Grave et si nous en livrons une critique aussi dithyrambique, comme nombre de critiques cinémas et spectateurs, c’est bel et bien parce que ce film est l’un des événements de ce début d’année, l’un des films français de l’année, et un long métrage qui fera date dans l’Histoire du genre.

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